Aux frontières du monde

Editions Jean Picollec
Broché :
592 pages

Il y a un siècle (décembre 1911) le Norvégien Amundsen arrivait au Pôle Sud, ultime étape de la conquête du monde par l’homme. Elle clôt une cinquantaine d’années passionnantes, qui s’étaient ouvertes par la découverte des sources du Nil (1862). Une époque qui fut aussi celle de la colonisation et de la  » ruée  » des Européens vers l’Afrique. L’incomparable revue française Le Tour du monde, lecture favorite de Jules Verne, a chroniqué, entre 1860 et 1914, cette dernière grande période d’exploration du globe. Un trésor historique : des centaines d’explorateurs, militaires, journalistes ou simples voyageurs y ont décrit leurs expéditions aux confins du monde connu. Fourmillant d’anecdotes et d’histoires inédites, Aux frontières du monde retrace cette épopée de l’exploration en s’inspirant des articles du Tour du Monde, une véritable  » bible  » des voyages et de l’aventure. Le livre met en scène les grandes personnalités, parfois controversées, qui ont marqué cette période : Livingstone, Stanley, Brazza, Garnier, Peary, Amundsen, Scott par exemple. Mais aussi beaucoup d’autres, Français et Françaises notamment, moins connus et tout aussi intrépides : Lejean, Crevaux, Mouhot, Bonvalot, Charnay, Jane Dieulafoy, mais aussi l’Autrichienne Pfeiffer ou le Belge de Gerlache. Il jette par ailleurs un regard neuf sur de multiples évènements liés à cette ultime  » conquête du monde « , la confrontation avec les  » sauvages « , la fin de l’esclavage, mais aussi sur un certain nombres de polémiques liées à l’exploration comme la fausse découverte du Pôle Nord par Peary et Cook ou le fait que Gorée au Sénégal n’a jamais été la porte de sortie de millions d’esclaves noirs vers l’Amérique. Autres points à relever : – le livre revisite la confrontation entre Stanley et Brazza au Congo: l’Anglais n’était pas l’aventurier brutal souvent décrit et le Franco-Italien n’était pas si idéaliste que ça. – les missionnaires ont souvent joué un rôle négatif, voire nuisible, dans ce processus d’exploration et de conquête, quand ils n’établissaient pas de véritables  » théocraties  » dans le Pacifique. – le pillage par l’Occident des richesses archéologiques et artistiques, surtout au Proche-Orient, n’a nulle part été aussi bien décrit que dans le Tour du Monde (un sujet plus que jamais d’actualité: cf. l’affaire des manuscrits coréens ou de Néfertiti réclamée par l’Egypte). – dès la fin du 19ème les voyageurs notaient qu’il était vain de songer à envahir et occuper la Mésopotamie ou l’Afghanistan pour y apporter la  » civilisation  » occidentale. – on le sait peu, mais l’île de Pâques a été largement opprimée par des aventuriers et missionnaires français à la fin du 19ème avant de passer sous contrôle chilien en 1888. – la France a aussi été  » explorée  » à cette époque, notamment par Edouard Martel, le père de la spéléologie moderne. – de multiples appréciations anti-musulmanes ou anti-juives, reflétant les sentiments de l’époque, parsèment les pages du Tour du Monde.

Extrait de l’introduction :

«Je hais les voyages et les explorateurs» : la formule provocatrice de Claude Lévi-Strauss en ouverture de Tristes Tropiques a été démentie par l’histoire de sa vie et la richesse de son oeuvre planétaire. Mais cet avis n’était pas loin d’être partagé, au milieu du XIXe siècle, par une bonne partie de l’opinion publique mondiale.
Pourquoi voyager, en effet, quand on est si bien chez soi ? «Poulies primitifs, le voyageur est un être digne de la plus profonde pitié, car il est séparé de tout ce qui fait le charme de la vie : la famille, le toit paternel, le pays de aïeux», écrivait en 1860 le Suisse Aimé Humbert, chroniqueur du Japon de toujours et lointain prédécesseur de Nicolas Bouvier.
Alors oui, pourquoi partir, si c’est pour «mourir un peu» et même périr tout court, loin de sa terre natale, de sa maison et de ses amis, au milieu de ténèbres équatoriales ou d’un quelconque désert de glace, rejeté, sinon «haï», par des indigènes souvent hostiles, comme l’ont fait tant de voyageurs et d’explorateurs occidentaux à la fin du XIXe siècle et au début du XXe ?
A question générale, multiples réponses, dans l’imbroglio des motivations et des aspirations personnelles. Certaines explications retiennent tout de même l’attention. Celle de Paul Claudel, par exemple, qui partit pour la Chine au tournant du dernier siècle.
«J’ai toujours eu en moi cette envie de m’en aller de ce qui était mon milieu et de courir le Monde. J’alimentais ça par la lecture d’un journal qui paraissait à cette époque-là, qu’on appelait Le Tour du Monde. Je passais des journées entière à lire des récits de voyages en Chine et en Amérique du Sud».
Une source pour étancher la soif d’évasion, qui abreuvait aussi les voyageurs en chambre, irriguant leur imagination. Jules Verne, en particulier : «Je lis et je relis, car je suis un lecteur consciencieux, la collection du Tour du Monde», disait en 1893 à Amiens l’auteur des Voyages Extraordinaires.
Notant soigneusement tous les sujets qui l’intéressaient, il avait lu dans le magazine fin 1869, trois ans avant la publication de son roman le plus célèbre, un article annonçant qu’on pouvait désormais, notamment grâce à l’ouverture du canal de Suez et du chemin de fer transcontinental américain, faire le tour du monde en… 80 jours.
Le Tour du Monde ? Ce fut la grande revue géographique française de la fin du XIXe siècle, une véritable Bible de l’Exploration et de l’Aventure, lancée près de 30 ans avant le célèbre National Géographie Magazine américain. La presse française, à l’époque, était particulièrement dynamique.
Chaque semaine, entre 1860 et 1914, on pouvait y suivre la trace des voyageurs qui sillonnaient la planète à la recherche de régions jamais atteintes ou visitées par l’homo occidentalus, aux frontières du monde connu.
L’époque s’y prête, loin de l’image d’un XIXe siècle soi-disant ennuyeux, sinon «stupide» comme l’affirmait Léon Daudet : c’est la dernière grande période d’exploration géographique de l’histoire de l’humanité, et de loin la plus fructueuse. Une cinquantaine d’années passionnantes, allant de la recherche des sources du Nil, au début des années 1860, à la conquête des pôles juste avant la Grande Guerre.
Bien sûr, l’heure n’est plus aux grandes «découvertes» à la Christophe Colomb des XVe et XVIe siècles ou encore aux «circumnavigations» de Cook, La Pérouse ou Dumont d’Urville. Mais il reste encore un grand nombre de territoires vierges – du moins pour les Occidentaux – à explorer, de montagnes à escalader, de fleuves à remonter. Il s’agit de noircir les derniers Blancs – «terres inconnues» – sur les planisphères, sans oublier bien sûr de planter au passage le drapeau de son pays.